Espaces intimes croisés en tentative de rencontre à distance.
Une correspondance dont on n'aura que des bribes.
Entre deux missives, les narrateurs se racontent...

Jour 04 : Lui


C'est bien une dizaine de pages en micro écriture que j'ai trouvées à deux trois mètres de ma zone de conflit qui curieusement avait été nettoyée comme jamais messieurs dames aucune trace de mon passage de la veille et bien au contraire l'illusion que la nature avait repris ses droits sans qu'on ne lui ait jamais balancé tous ces coups de pelle dans le corps terreux... La missive sur papier blanc un sacré alignement de mots en enfilade sans aucune ponctuation ma bonne dame comment tu veux que je m'y retrouve et que je sache où reprendre ma respiration si tu ne me donnes pas de repère j'ai à comprendre alors ce que je veux bien entre les lignes à savoir qu'on veut de moi pour un petit bout de vie à découvrir en correspondance croisée.... En complément dans une enveloppe une série d'images agrafées à la vas-vite pour me donner peut-être l'idée d'un univers particulier qui me ferait envie ou alors tout autre chose mais ce ne sont pas quelques déchets personnels salement emballés qui vont suffire à me faire bander... Qu'est-ce qu'elle attend de moi en retour que je baisse mon pantalon pour compter les cicatrices une à une et comprendre d'où je viens et qui je suis tu en as pour la journée ma bonne dame si tu veux jouer très bien alors en réponse sur papier blanc je te fournis de quoi alimenter tes fantasmes de petite fille ou de vieille dame et qui sait si un jour tu l'auras pas l'envie de me cracher dessus quand tu croiseras mon chemin.

Jour 03 : Elle


J'ai pelleté, creusé, arracher les sous sols du charnier sur lequel je viens régulièrement dégourdir mes repose-corps, m'user la semelle du dessous et rien... rien. Pas une réponse en mots épelés frénétiquement qu'il m'aurait déposé au hasard d'un recoin, quelque part pas bien loin là où on pourrait se donner le rendez vous par courrier... Niet. Pas commode mon gars, il va falloir aller te chatouiller et te la donner en sacrifice ma confiance pour aller voler la tienne et pas la peine de me faire le coup du silence radio, j'ai bien vu que ces derniers jours tu l'as fait vivre notre sanctuaire, je sais désormais à quoi peut ressembler ta pointe de pieds j'ai vu les empreintes que tu as laissées et les traces de sang incrustées que tu n'as pas pris la peine de nettoyer. Nom de Dieu je garde espoir c'est bien normal de s'y accrocher à ce fantasme d'une relation d'égal à égal alors va pour me mettre à l'écriture d'une deuxième missive qu'il me coûte de lui envoyer et dans laquelle je saurai exiger un retour bien mérité... ben oui même moi j'ai ma fierté…

Jour 02 : Lui


L’a fallu que ça me tombe sur la gueule le pot aux roses oui la mise à nu de la décharge de corps morts entamés et entassés là juste quelques restes de ce qui ne prend pas en greffe des membres pas beaux pas propres ou carcasses dont je ne peux rien tirer… Messieurs dames mon dépôt de déchets toxiques a bel et bien été découvert avec une petite note qui accompagne en envie de rencontre j’ai cru comprendre à la lire qu’on est passé là et qu’on y repassera assez régulièrement dans l’espoir de m’y croiser… Faut avoir le cœur bien accroché pour l’avoir le désir de se confronter à l’intime du monstre qui fait peur aux bonnes gens alors qui es-tu et qu’est-ce qui est logé au fond de tes entrailles pour chercher à approfondir la découverte macabre ?… Quoiqu’il arrive ma bonne dame au cas où tu auras intérêt à préparer ta défense car je serai peut-être armé à bon entendeur salut…

Jour 01 : Elle


Une sacrée découverte, un truc presque-trop-grand, presque-trop-sale, il aura fallu en mettre des coups de pelle pour m'ouvrir aux merveilles du monde pas-tout-propre on dit, aller creuser la terre du bout des ongles pour tomber sur les déchets-reliques d'un autre. Putain de nouveau grand changement que d'apprendre que suis pas la seule presque plus vivante dans le coin: un voisin de la cité d'à côté? Un copain de labeur qui sait? Un martyre du Très-Haut à l'approche, un mec à me mettre dans la poche... Les os et membres frais de corps d'hommes laissés là, déguenillés, à la frontière de deux cités, pas au hasard pour sûr, un clin d’œil, un signe de la main à qui voudra bien forcer le destin, suis tout à toi grand-gamin, vieux-machin, qui que tu sois j'ai la ferme intention de te tcheker du poignet et d'aller te réclamer l'interaction commune, te mendier le lien propre aux tordus comme nous...