Espaces intimes croisés en tentative de rencontre à distance.
Une correspondance dont on n'aura que des bribes.
Entre deux missives, les narrateurs se racontent...

Jour 14: Elle



Oh ciel, l'abomination de nos genres a voulu que j'aille plus encore dans le regrettable, à qui ira le plus loin, à qui gagnera le dernier morceau de pain. Messieurs dames, à quoi bon sortir lames et entrailles si ce n'est pour quelques minutes de plus à arracher à la gueule du monde entier? Et dans mon dessein pas le moindre gain de temps! Au bout-du-bout-des-comptes j'ai a m'absoudre d'un pêcher bien plus grand qu'un divin et alors quoi? La misère au bout des doigts? La honte calée au bas du dos? Les regrets immergés sous la peau? Messieurs dames la vérité vraie mise à nue et à avaler: nul besoin d'un couteau pour m'arracher les maux, pour graver sur ma page blanche les corrections d'usages. Je suis et je resterai la femme que j'ai toujours été et rien d'autre alors à envisager que d'accepter le fait que je ne puisse évoluer. Des lors j'ai à ôter mon masque et avouer la supercherie, comme on dit finit la comédie, pour sur que tu n'es pas mon autre moi, j'ai construis ce que je ne suis pas et maintenant que tu sais la vérité je prendrais bientôt le risque d'entrer dans ta soue à membre et d'y être traitée comme le sont les quelconques étrangers, à savoir y finir découpée. Quand il n'est rien à perdre, il n'est rien à craindre.

Jour 13 : Elle



Aujourd’hui premier jour du cinquième mois de silence, j’avais prévenu que je n’allais plus y aller par quatre chemin et pour se faire il y a le besoin de sécurité à satisfaire alors oui mon bon monsieur, tu as la queue entre les jambes et moi le frein rongé par ma curiosité. Ma curiosité de vouloir lettre après lettre sortir de ma planque pour découvrir tes mots balancés à la va vite entre deux rencontres de corps que je n’ai d’ailleurs pas encore eu la chance de voir ressortir de ton trou qu’elle qu’ils soient. Messieurs dames quatre mois complets que je garde le silence terrée dans ma planque avec vue sur sa trappe qui s’ouvre et se referme, oh ça non il ne peut pas l’imaginer ma présence au plus près de lui depuis des-semaines-par-paquet à l’espionner… Avant de mettre le pied dans l’engrenage j’avais à partir en reconnaissance on dit, avec le minimum d’eau et de vivres pour tenir genoux contre poitrine, à voir les escarres s’étendre sur mon corps maigrissant dans le but de peut-être y trouver mon compte quant à la découverte du personnage. Et j’ai à présent en réserve bien assez d’informations et d’images collées à la rétine pour aller me jeter dans la gueule du grand méchant loup, un patchwork crado des membres du type, un tableau presque trop sale de la bête. Aujourd’hui mon bon monsieur j’ai une longueur d’avance, je sais où je vais, et une fois mes articulations et rotules remises en place, j’ai la ferme intention de me jeter corps et âmes dans cette presque-trop-vieille-envie-de-rencontre. Messieurs dames chez nous on dit : advienne que pourra !

Jour 10 : Elle



Au réveil je me remets petit à petit de la déception de ne pas t’avoir trouvé dans l’écriture monsieur-mon-autre-moi, j’ai à penser que je ne suis peut-être pas la meilleure quand il s’agit de jouer à la grande chasse au trésor dans la cite, et qu’alors peut-être sachant cela, tu ne feras pas la grimace à présent que je te propose de ne pas y aller par quatre chemins… Je te demande la simplicité de te découvrir comme tu es, sans en passer par le cache-cache qui me pèse ces temps-ci, oh ça oui mon gars, j’ai l’envie qui me pousse franchement au dedans de t’inviter pour une danse à partager, mais sachons nous tenir encore quelques temps avant le rendez-vous tant attendu. Je suis comme tu l’as peut-être deviné de ces petits être farouches qu’on n’approche pas si facilement et qui savent sortir leurs griffes et se terrer lorsqu’ils se sentent en danger. Alors s’il te plait donnons nous encore l’occasion par les mots de converser à l’endroit même ou je te dépose cette dernière lettre, là où il n’y à rien à soulever pour m’attraper. Et qui sait si tu te plies à cette condition j’accepterai peut-être prochainement d’y aller plus franchement, voire même carrément…”  
Au coucher je me refais la lecture du brouillon de la note que je lui ai envoyé au matin, j’ai espoir qu’elle trouvera son homme et qu’alors une vraie relation pourra naître.

Jour 08 : Elle


Déjà des jours et des nuits que je fais le tour de la cité en quête d'indices à me mettre sous la dent. Mon bon monsieur j'ai la motivation au-dedans mais qui puis-je si rien ne me vient en pensées obscures quand je fouine sous les pavés que je ne connais que trop bien? Et alors plus rien dans notre sanctuaire que des morceaux de papiers griffonnés, étalés à la volé, et mon trou… Un trou que j'ai creusé à coups de pelle une année durant pour y trouver les restes d'un autre, pour y comprendre que je n'y ai pas ma place quand enfin j'avais le minimum requit pour m'y balancer. Comme un clin d’œil qu'on m'aurait fait. J'ai là à y voir une sorte de main tendue pour un bout de quelque chose à partager et je cours, je saute à pieds joints, je me donne toute entière à coups de spectaculaire en-veux-tu-en-voilà et rien… Au-dedans rien de plus qu'une sensation de ne pouvoir jamais être deux. Mais l'heure n'est pas encore à l'abandon, après tout la journée n'est pas terminée j'ai à finir de soulever quelques pavés. On dit: la perle rare n'est pas chose simple à dénicher mais on sait tous ici bas que les miracles sont de plus en plus rares…

Jour 06 : Elle


C'est que j'ai eu gros à faire ces derniers temps en attention à offrir à monsieur R mon rat de compagnie qui ne voulait pas en démordre. "Non, je te dis qu'il ne volera pas ta place, le grand monsieur sans nom c'est pour de la découverte et un bout d'expérience à vivre à deux rien de plus crois moi je ne prendrai pas le risque de te perdre une seconde fois…" Et me voilà alors bien emmerdée de découvrir que pendant mon absence Monsieur-mon-autre-moi m'a écrit par deux fois, c'est qu'on ne rigole plus messieurs dames quand on chatouille le grand méchant loup il finit par lever la queue alors j'ai à faire un gros effort côté présentation pour prouver ma bonne foi, c'est qu'il a mit le paquet pour m'impressionner, un sacré alignement des mots et des cailloux qui, si j'en crois ce qui est inscrit, me mèneront tôt ou tard à lui. N'allez pas croire que l'envie me pousse au dedans d'aller lui implanter des mauvaises idées, j'aime autant éviter les malentendus alors mon gars ne t'imagines pas que je me joues de toi. Hop hop hop à mon tour de lui en mettre plein la vue, mon bon monsieur je te prépare une surprise à ma manière, un truc du tonnerre, après ça tu n'iras plus croire que j'ai peur de toi...

Jour 04 : Lui


C'est bien une dizaine de pages en micro écriture que j'ai trouvées à deux trois mètres de ma zone de conflit qui curieusement avait été nettoyée comme jamais messieurs dames aucune trace de mon passage de la veille et bien au contraire l'illusion que la nature avait repris ses droits sans qu'on ne lui ait jamais balancé tous ces coups de pelle dans le corps terreux... La missive sur papier blanc un sacré alignement de mots en enfilade sans aucune ponctuation ma bonne dame comment tu veux que je m'y retrouve et que je sache où reprendre ma respiration si tu ne me donnes pas de repère j'ai à comprendre alors ce que je veux bien entre les lignes à savoir qu'on veut de moi pour un petit bout de vie à découvrir en correspondance croisée.... En complément dans une enveloppe une série d'images agrafées à la vas-vite pour me donner peut-être l'idée d'un univers particulier qui me ferait envie ou alors tout autre chose mais ce ne sont pas quelques déchets personnels salement emballés qui vont suffire à me faire bander... Qu'est-ce qu'elle attend de moi en retour que je baisse mon pantalon pour compter les cicatrices une à une et comprendre d'où je viens et qui je suis tu en as pour la journée ma bonne dame si tu veux jouer très bien alors en réponse sur papier blanc je te fournis de quoi alimenter tes fantasmes de petite fille ou de vieille dame et qui sait si un jour tu l'auras pas l'envie de me cracher dessus quand tu croiseras mon chemin.

Jour 03 : Elle


J'ai pelleté, creusé, arracher les sous sols du charnier sur lequel je viens régulièrement dégourdir mes repose-corps, m'user la semelle du dessous et rien... rien. Pas une réponse en mots épelés frénétiquement qu'il m'aurait déposé au hasard d'un recoin, quelque part pas bien loin là où on pourrait se donner le rendez vous par courrier... Niet. Pas commode mon gars, il va falloir aller te chatouiller et te la donner en sacrifice ma confiance pour aller voler la tienne et pas la peine de me faire le coup du silence radio, j'ai bien vu que ces derniers jours tu l'as fait vivre notre sanctuaire, je sais désormais à quoi peut ressembler ta pointe de pieds j'ai vu les empreintes que tu as laissées et les traces de sang incrustées que tu n'as pas pris la peine de nettoyer. Nom de Dieu je garde espoir c'est bien normal de s'y accrocher à ce fantasme d'une relation d'égal à égal alors va pour me mettre à l'écriture d'une deuxième missive qu'il me coûte de lui envoyer et dans laquelle je saurai exiger un retour bien mérité... ben oui même moi j'ai ma fierté…

Jour 02 : Lui


L’a fallu que ça me tombe sur la gueule le pot aux roses oui la mise à nu de la décharge de corps morts entamés et entassés là juste quelques restes de ce qui ne prend pas en greffe des membres pas beaux pas propres ou carcasses dont je ne peux rien tirer… Messieurs dames mon dépôt de déchets toxiques a bel et bien été découvert avec une petite note qui accompagne en envie de rencontre j’ai cru comprendre à la lire qu’on est passé là et qu’on y repassera assez régulièrement dans l’espoir de m’y croiser… Faut avoir le cœur bien accroché pour l’avoir le désir de se confronter à l’intime du monstre qui fait peur aux bonnes gens alors qui es-tu et qu’est-ce qui est logé au fond de tes entrailles pour chercher à approfondir la découverte macabre ?… Quoiqu’il arrive ma bonne dame au cas où tu auras intérêt à préparer ta défense car je serai peut-être armé à bon entendeur salut…

Jour 01 : Elle


Une sacrée découverte, un truc presque-trop-grand, presque-trop-sale, il aura fallu en mettre des coups de pelle pour m'ouvrir aux merveilles du monde pas-tout-propre on dit, aller creuser la terre du bout des ongles pour tomber sur les déchets-reliques d'un autre. Putain de nouveau grand changement que d'apprendre que suis pas la seule presque plus vivante dans le coin: un voisin de la cité d'à côté? Un copain de labeur qui sait? Un martyre du Très-Haut à l'approche, un mec à me mettre dans la poche... Les os et membres frais de corps d'hommes laissés là, déguenillés, à la frontière de deux cités, pas au hasard pour sûr, un clin d’œil, un signe de la main à qui voudra bien forcer le destin, suis tout à toi grand-gamin, vieux-machin, qui que tu sois j'ai la ferme intention de te tcheker du poignet et d'aller te réclamer l'interaction commune, te mendier le lien propre aux tordus comme nous...