Espaces intimes croisés en tentative de rencontre à distance.
Une correspondance dont on n'aura que des bribes.
Entre deux missives, les narrateurs se racontent...

Jour 16 : Elle



Toc toc toc je lui dis. Toc toc toc avec le geste du poignet comme pour faire croire à une porte. Je joue à je-sais-que-tu-es-là-ouvre-moi avec lui et il prend son temps pour me répondre, « des mois et des mois » il me dit « ça ne se consume pas comme ça. » Je joue à la dame impatiente, celle qui trépigne les jambes croisées devant la porte des toilettes, celle qui refuse d’attendre le prochain bus la bouche collée à la vitre et j’ai masse de petites situations à faire rire les morts pour le dérider.
 Je fais le joli parterre de cailloux devant sa trappe avec au bout une flèche pointée vers moi pour quand il m’ouvrira et alors il pleurera d’attention et ce sera beau. Il avancera un pied et puis un deuxième et encore un et il m’arrivera. Je jouerai à le-premier-qui-touche-l’autre-à-perdu et il perdra. D’abord mon coude puis mon poignet et ma main, il touchera ma main falsifiée, avec le sourire qui lui naitra au bord des lèvres et je pleurerai et ce sera beau. Il m’emmènera dans son monde en m’attrapant par mon doigt manquant et je jouerai à faisons-comme-si-tu-me-tirai. Et d’un coup à la surface on ne nous verra plus.
J’ai à présent en moi tout ce qu’il faut d’essai dans le vide et de tentatives fécondées pour me mettre le coup de pied. Seulement quelques mètres, d’ici je vois sa trappe. Messieurs dames c’est pour aujourd’hui ou pour demain !